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Il ne nous serait pas venu à l’esprit de vous guider le long de ce canal parisien sans évoquer Georges Simenon, originaire de Liège, jeune journaliste belge, encore sous les drapeaux a l’opportunité d’accompagner une délégation de presse à Paris. Coup de cœur, coup de foudre. Il rentre à Liège bien décidé à revenir. Il reviendra le 11 décembre 1922, débarquant gare du Nord pour s’installer à Paris. Désormais, de déménagement en déménagement, d’explorations diurnes en va-et-vient nocturnes, par cercles de plus en plus larges, il va découvrir, absorber, son Paris « personnel ». 
C’est le Paris des années folles, du jazz, de l’art africain et de la Revue nègre, du charleston, des garçonnes, de Mistinguette et Joséphine Baker, du cubisme, du surréalisme, des gigolos argentins :  un Paris qui s’éveille après l’horreur de la guerre. 
Simenon va être le spectateur émerveillé puis l’acteur frénétique de ce Paris. Il est, dès cette époque, hanté par l’obsession d’écrire et de réussir. Il est sûr de lui et de son talent.

De 1922 à 1928 il n’a de cesse « d’arpenter » Paris, devenant, selon ses proches « une éponge à atmosphères ». Il dira  « les images m’entraient par les yeux, les sons par les oreilles, les odeurs par les narines. J’aurais voulu tout absorber, surtout les femmes … dans mon langage personnel, je partais en « chasse », en chasse d’humains, en chasse de vie. » C’est ainsi que Paris est devenue la ville la plus présente dans son œuvre. Paris, pour Simenon, n’est pas un décor, c’est une « respiration », une présence familière et apprivoisée. Cette ville, parcourue fébrilement au cours des années 20, il va la léguer au plus parisien de tous ses personnages, le commissaire Maigret. Le Paris du commissaire est la géographie de l’écrivain, privée, émotive, subjective, sensorielle. Un Paris réinventé et simplifié, ne faisant référence à aucune valeur touristique, culturelle ou historique. Ce sont les petites rues qui le fascinent, le coude à coude, la chaleur humaine. Rarement une ville et un personnage littéraire ont à ce point fusionné. L’un s’identifie à l’autre. 
En choisissant le canal Saint-Martin et l’écluse Jaurès, comme décor de « Maigret et le corps sans tête.” Simenon s’inscrit dans une tradition séculaire. Ici, on a l’habitude de repêcher des corps, généralement celui d’un clochard, d’un mauvais garçon ou d’une prostitué. Des personnages malsains, nommés les « tafouilleux », attendent les candidates au suicide et plongent pour couper les mains au ras du poignet et s’emparer des bagues. Le véritable personnage du livre, c’est le décor du canal.
Construit de 1822 à 1825, le canal Saint-Martin est un prolongement du canal de l’Ourcq, creusé sous Napoléon Ier. Conçu pour apporter de l’eau potable aux parisiens, depuis le bassin de la Villette jusqu’au bassin de l’Arsenal le canal franchit un parcours de 4,5 km. Il se voit attribué quatre écluses double,  système mis au point par l’ingénieux Léonard de Vinci :
l’écluse Jaurès qui se trouve juste après la Rotonde de la Villette, construite par Ledoux en 1784 et ancien pavillon d’octroi de l’enceinte des Fermiers Généraux. 
l’écluse des morts qui tient son nom d’un cimetière mérovingien, mis au jour lors de sa construction. 
l’écluses des Récollets à proximité du Couvent de l’ordre de Saint François.
l’écluse du Temple située à proximité de l’ancien domaine des Templiers.
Le canal est aussi doté sur son parcours, de deux ponts tournants et d‘un pont levant sur le bassin de la Villette.Il est nettoyé environ tous les huit ans. Le dernier nettoyage a eu lieu en 2016. On pêche dans le canal des brochets, des carpes, des sandres, des perches, des anguilles. Sur les parois, dans les écluses, on remarquera la présence de moules d’eau douce qui recrachent de l’eau, et … beaucoup de scooters, de vélos et d’électro-ménager ! 
On pourrait presque, souhaiter le retour des tafouilleux

Sculpture du commissaire Maigret, place Georges Simenon à Liège

Nous sommes maintenant arrivés au niveau de l’Écluse des Récollets qui est à proximité du Couvent du même nom. Ce couvent fut fondé au XVIIe, en 1605 exactement, par Marie de Médicis, pour abriter un ordre mendiant. Devenu un hôpital au XIXe, le cloître fut à moitié détruit en 1926 lors de l’extension de la gare de l’est, puis fermé en 1968 en raison de sa vétusté. Il possède de beaux escaliers, des bâtiments, un cloître, une chapelle restaurée en 1842. 
C’est à la hauteur de cette écluse des Récollets que se trouve le célèbre LHôtel du Nord. Deux grands acteurs ont joué dans ce film de Marcel Carné : Louis Jouvet et Arletty. Retrouvez-les dans cette petite bande du film qui suit.

Scène culte du film de Marcel Carné, l’hôtel du Nord, avec Arletty et Louis Jouvet

En face de l’Hôtel du Nord, se trouvait un immeuble ou vivait  Vincenzo Peruggia, ouvrier au Louvre. Le 22 aout 1911 Paris est en émoi. La Joconde a disparu
Pendant deux ans, Interpol la recherchera en vain. Elle n’était pourtant pas bien loin, dissimulée dans la remise de cet immeuble, pendant ces deux sombres années, sous un tas de brics et de brocs. Persuadé que cette oeuvre avait été volée durant les conquêtes napoléoniennes, notre Vincenzo la rapporte en Italie et désireux de gagner quelques lires, la propose à un galeriste italien. Celui-ci la reconnait, et avertit les autorités. Notre Vincenzo, fut immédiatement arrêté et écroué. La Joconde eut le droit d’être exposée une année au musée des Offices de Florence en guise de remerciements, avant de reprendre sa place au musée du Louvre. Et aujourd’hui encore demeure dans les esprits de nos amis italiens, le doute quant à l’acquisition de cette oeuvre par François Ier. Et pourtant c’est la vérité, elle aura couté au royaume 15Kg d’or, à moins que d’autres preuves historiques ne viennent contredire ces faits, la Joconde nous appartient, et nous sommes toujours ravis et enchantés d’accueillir nos amis italiens qui ne rêvent que de la voir revenir chez-eux. Mais que Nenni !

Poursuivons notre visite guidée en allant vers la rue de la Grange-aux-Belles. Au numéro 50, au coin de cette rue, avait été dressé, en 1233, le gibet de Montfaucon sur deux niveaux, qui servit pendant près de quatre siècles à l’exécution des supplices ordonnés par la justice royale. Charles VI fut l’un des pires monarques : il envoya six de ses ministres au gibet en neuf ans. Au premier niveau étaient pendus les pauvres et au second les nobles. Etre au 1er niveau, était considéré comme humiliant, et selon le degré d’humiliation que l’on souhaitait imposer à la famille de la victime, on laissait le corps pourrir plus ou moins longtemps, de quelques jours à quelques mois, voire quelques années. Nul ne pouvait reprendre le corps sans autorisation royale. Les condamnés étaient conduits du Châtelet au gibet en empruntant les actuelles rues Saint-Denis, du Faubourg Saint-Denis, des Récollets et de la Grange-aux-Belles. A partir de 1627, l’hôpital Saint-Louis demanda, par mesure d’hygiène, que le gibet soit transféré ailleurs. Il fut définitivement supprimé en 1790. 
Les célèbres condamnés sur le gibet de Montfaucon, le furent pour  « affaire d’Etat » : en 1315: Enguerrand de Marigny, ancien trésorier de Philippe le Bel ;1322: Giraud Gayte, trésorier de Philippe Le Long ; en1409: Jean de Montaigu, surintendant des Finances de Charles VI ; en 1527: Jacques de Beaune, surintendant des Finances de François Ier ; et… en 1572, le corps de Gaspard de Châtillon, comte de Coligny, amiral de France, qui est tuée au cours de la Saint-Barthélémy, et y est exhibé, pendu par les pieds après avoir été traîné dans les rues de Paris.
Comme c’est étrange ! S’occuper des Finances du pays était donc chose bien risquée.
Mais d’autres condamnations eurent lieu, pour corruption et pour meurtres

Et de balade en ballade…
(…)
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
LA BALLADE DES PENDUS de François VILLON

Nous vous disons donc à bientôt pour suivre les pas de votre muse Calliopée. Car nous avons tellement à vous raconter lors de cette visite guidée que nous ne pouvons pas tout écrire dans cet article.

 

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