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Courbet est un des peintres les plus puissants mais aussi les plus complexes du XIXe siècle.
Il déclare de front une hostilité à l’idéalisme, qui lui valut d’être qualifié par Baudelaire de «massacreur de facultés». Ses critiques vont à l’académisme pseudo classique et les «défroques romantiques» (comme il dit), qui survivent dans l’art de son temps et dont il entend le purger. «J’ai étudié, en dehors de tout système et sans parti pris, l’art des anciens et l’art des modernes» et «puisé dans l’entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité».

Courbet se fixe donc le programme suivant sur trois modes :
  • Programme de lucidité, de sincérité, impliquant l’examen critique mais non le rejet systématique d’une «tradition» mal comprise par ses prétendus héritiers. 
  • Programme de retour à des évidences simples et fortes, reposant sur l’expérience, le bon sens, les grands sentiments plus que les grands principes. 
  • Programme de peintre et de poète, où la pratique du métier l’emporte sur les théories, et où l’image ne se borne jamais à la transcription d’un message, même quand apparaît une certaine intention didactique. Cette démarche est comparable à celle d’un Caravage, d’un Géricault ou, bientôt, d’un Manet. Comme eux, Courbet passa pour révolutionnaire parce que son art tranchait par sa vigueur sur les artifices et les compromis de ses contemporains.

Présent à Paris dès la déclaration de guerre à la Prusse, il est en première ligne pendant le Siège de la capitale.
Voici quelques points clés de cet épisode.

  • Il est élu à la Commune le 16 avril 1871, lors des élections complémentaires qui se déroulent dans le VIème arrondissement de Paris. Sur son initiative, les artistes parisiens s’étaient formés autour de Maxime Du Camp en fédération, le 14 avril précédent. 
  • Un comité élu, compte ainsi dans ses rangs, outre Gustave Courbet, Camille Corot, Honoré Daumier, Jean-François Millet, André Gill. Ils entendent à présent mettre fin à l’académisme en supprimant toutes les institutions : l’École des Beaux-Arts, l’Académie, les Écoles de Rome et d’Athènes. 
  • Gustave Courbet appartient plutôt à la minorité socialiste et pacifiste de la Commune de Paris. Il rêve alors de paix et réprouve la violence. Pourtant il trouvera son inspiration dans les scènes de répression qui suivent l’échec des communards. 
  • Condamné le 2 septembre 1871 à six mois de détention, il est ainsi emprisonné à Sainte-Pélagie à Paris du mois de juin 1871 au mois de mars 1872. On l’accuse d’être responsable de la démolition de la colonne Vendôme, considérée comment l’odieux symbole des malheurs de la France. Ses tableaux sont maintenant refusés au Salon et ses biens confisqués pour payer la restauration du monument.
  • Au mois de juillet 1873, il décide de s’exiler en Suisse. L’œuvre de cette époque, très abondante, reste encore mal connue. La nécessité de produire sans relâche et l’intervention d’assistants en expliquent l’inégale qualité. Certaines natures mortes peintes au lendemain de la Commune, à la prison de Sainte-Pélagie. 

L’origine de la place Vendôme et de sa Colonne.
Mondialement connue aujourd’hui, pour être le centre parisien de la joaillerie et du luxe, la place Vendôme fut à l’origine commandée par Louis XIV pour être une vitrine grandiose des institutions de la monarchie. Le projet fut finalement abandonné, et les terrains vendus à de grands financiers qui y firent construire les hôtels particuliers visibles aujourd’hui. Au centre, une statue équestre de Louis XIV, entourée par ce magnifique ensemble architectural, rappelait la prédominance royale. Elle fut renversée, comme toutes les autres, en 1792, et envoyée à la fonte.

En 1810, Napoléon inaugura à l’emplacement de cette statue la colonne actuelle, dédiée aux soldats vainqueurs d’Austerlitz (1805). Haute de 43 mètres, elle s’inspire de la colonne Trajane de Rome (113 après J.-C). Plus de 1200 canons pris aux Russes et aux Autrichiens furent fondus pour réaliser les plaques de bronze enroulées en spirale autour du monument, relatant les exploits militaires de la Grande Armée, tandis qu’au sommet trônait à l’origine une statue de Napoléon en empereur Romain.
À la chute de l’empereur en 1814, la statue fut remplacée par un drapeau arborant une énorme fleur de lis. Double vengeance, son bronze fut fondu et utilisé pour reconstruire la nouvelle statue d’Henri IV sur le pont Neuf.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là !

La Colonne Vendôme, un monument contesté.
En 1830, la nouvelle monarchie, conduite par Louis-Philippe, décide de remplacer le drapeau royal par un drapeau tricolore, plus conforme aux idées du moment. Puis, quelques années plus tard, c’est une nouvelle statue de Napoléon qui est installée sur la colonne Vendôme. Louis-Philippe, qui a toujours cultivé une image proche des idéaux révolutionnaires, souhaite ainsi faire revivre la figure du héros militaire. Napoléon n’est plus représenté en empereur Romain, mais en redingote et chapeau de “petit caporal”. Elle resta trente ans au sommet de la colonne, jusqu’à ce que Napoléon III, la jugeant indigne de son illustre prédécesseur, la remplace par… une nouvelle statue en empereur Romain !
Quant à celle érigée par Louis-Philippe, c’est elle que vous pouvez voir dans la cour d’honneur des Invalides.
Comment est-elle arrivée là ? C’est une autre histoire …

Statue de Napoléon érigée par Louis-Philippe, dans la cour d’honneur des Invalides


En 1871, lors de la Commune de Paris,  les symboles du pouvoir et de l’impérialisme sont à nouveau très mal vus. La démolition du monument est votée sur proposition de Gustave Courbet, président de la Fédération des artistes de Paris. La colonne fut abattue le 16 mai 1871.
Dans ce concert de revendications, déjà en 1870, Courbet s’exprime dans les colonnes du Bulletin officiel de la municipalité de Paris : « Attendu que la colonne Vendôme est un monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d’une nation républicaine, [le citoyen Courbet] émet le vœu que le gouvernement de la Défense nationale veuille bien l’autoriser à déboulonner cette colonne. » Cette proposition resta sans suite. Mais le projet fut repris par la Commune qui le vota le 12 avril 1871, tout en décidant la démolition du monument qui eut lieu le 8 mai 1871.

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