Du 9 mai au 21 juin 2019 au théâtre de la Colline, le metteur en scène libano-canadien Wadji Mouawad propose sa dernière création : la pièce intitulée Fauves. Durant près de quatre heures, le spectateur est tenu en haleine dans un tourbillon de péripéties entremêlées et un déchaînement d’émotions.

Nommé en 2016 à la direction du théâtre national de la Colline à Paris, Wadji Mouawad est un metteur en scène qui questionne dans ses pièces les thèmes de l’identité, de la violence et des tourments familiaux. Avec Fauves, le dramaturge met en scène l’histoire d’un réalisateur appelé Hippolyte Dombre, qui apprend, au début de la pièce, la mort de sa mère. A la lecture de son testament, le personnage joué par Jérôme Kircher découvre que son père biologique vit en fait à Montréal. L’enjeu pour Hippolyte est donc de suivre les pas de sa mère vers le Canada, pour y dénicher des morceaux de son histoire. Il va lever les secrets, les mensonges et combler les non-dits. S’ensuit la découverte d’un nœud familial fait de mille blessures, et une série d’intrigues mêlant inceste, viol, enfants échangés, meurtre, trahison, suicide.

Ce qui surgit dans Fauves, c’est donc une profonde violence, dont les personnages ne sont pas seulement les victimes mais aussi les acteurs. Chacun est à la fois proie et prédateur. Cette violence naît de l’expérience même du metteur en scène, qui a été témoin direct des attentats contre les palestiniens à Beyrouth en 1975. Selon son propre témoignage, Wadji Mouawad est habité par ces pulsions de l’Histoire qui l’incitent à créer.

Fauves est aussi une pièce complexe du fait de sa scénographie qui remonte le temps. Wajdi Mouawad manie les flash-backs et les ellipses à la perfection, et multiplie les rembobinages. Il fait jouer une scène, passe à une autre puis revient à la première, augmentée. Wajdi Mouawad met en place un rapprochement entre narration, répétition et déconstruction. C’est par ce procédé d’écriture qu’il montre comment les traumatismes de ses personnages les font sombrer dans le ressassement. Par conséquent, c’est par des fragments d’instants oscillant entre le passé et le présent que le spectateur parvient à résoudre l’énigme familiale d’Hippolyte comme un puzzle temporel.

Ces épisodes entremêlés sont par ailleurs mis en valeur par la fluidité des décors, qui, eux aussi, se composent et se décomposent. Wadji Mouawad ne recule devant rien dans sa mise en scène, et immerge son auditoire dans tous les contextes : tournage de film, maison de retraite, aéroport, cabinet de notaire, etc., de l’Europe à l’Amérique en passant par le Kazakhstan. Une pièce forte, sombre et captivante, à laquelle Calliopée vous invite à assister.