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Avec l’exposition de Jérôme Zonder (du 15 mai au 29 juin 2019), le Cabinet Jean Bonna de l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris présente au public les pratiques contemporaines du dessin. Seize portraits inédits réalisés par l’artiste, donc trois au format monumental, côtoient quelques dessins de la collection patrimoniale du cabinet de conservation.

Ancien élève des Beaux-Arts, diplômé en 2001, Jérôme Zonder est aujourd’hui considéré comme l’un des dessinateurs les plus importants de sa génération en France. Il a présenté sa première exposition personnelle en 2004 à la galerie Eva Hober à Paris. Il a ensuite fait l’objet de plusieurs expositions monographiques : en 2015 à la Maison Rouge avec Fatum, ou encore en 2018 au château de Chambord avec l’exposition Devenir traces qui rassemblait quelques 130 œuvres.

Ce printemps, Jérôme Zonder présente aux Beaux-Arts une sélection de dessins spécialement créés pour l’occasion, qui revisitent le genre du portrait. L’artiste travaille non plus à partir de photographies ou d’images de presse, mais à partir de modèles vivants, qu’il fait poser à plusieurs reprises dans son atelier. Il fait appel à ses proches : famille, galeriste, assistante, collectionneur… Ses dessins confrontent le visiteur à une frontalité des visages et à des cadrages serrés, donnant lieu à une expressivité saisissante. Les portraits exposés posent la question du rapport entre le modèle et l’artiste, entre le modèle et sa traduction purement graphique.

Deux portraits – aux effigies de Frida Khalo et de Virginie Despentes – se distinguent et rappellent l’engagement de l’artiste pour la cause féministe. Récemment, au musée des Beaux-Arts de Rouen, Jérôme Zonder avait déjà présenté un parcours centré autour de Garance : un personnage féminin construit par l’artiste qui se fait écho des questionnements, notamment féministes, d’une jeune fille dans la société actuelle.

Deux autoportraits de l’artiste complètent l’exposition. Jérôme Zonder interroge ce genre traditionnel, entre imitation et invention. Il se représente comme un individu torturé, sombre. L’objectif de l’autoportrait serait de rendre visible une sensibilité et une intériorité, plutôt que d’obtenir un dessin mimétique.

La technique utilisée par Jérôme Zonder pour réaliser ses portraits est également novatrice. L’artiste travaille à partir de poudre de fusain et de poudre de graphite, qu’il dépose directement au doigt sur la feuille. Il joue avec la matière graphique : il l’étire et l’estompe, ou l’applique par empreintes. La virtuosité de l’artiste se révèle dans la gamme expressive des noirs et dans les nuances de lumière rendues par les réserves de papier. Les œuvres, uniquement en noir et blanc, questionnent également le rapport à l’histoire et l’inscription des portraits dans la temporalité.